La formidable leçon de courage de Kadir
Par Emile Granville, dimanche 10 janvier 2010 à 11:42 :: International :: #75 :: rss
Kadir, le Kurde Breton en prison en Turquie, envoie une lettre à ses ami(e)s breton(ne)s
Le 27 décembre 2009
Aux Ami (e)s Breton (ne)s,
L'embastillé, lorsqu'il porte sa tête à son oreiller, ne rencontre nulle étoile à contempler, nulle cité dans les rues de laquelle il pourrait se perdre, mais son cœur trouve toujours, tel un papillon, un espace où se poser : une fleur, peut être, un autre cœur et, pourquoi pas, un pays dont il pourrait sillonner librement les rues. Pendant ces nuits, isolé, le détenu est partout sauf dans sa cellule. Il est parmi la foule, alors qu'il suit les pas des petits généraux dans les rues et sur les boulevards des villes, tout à coup il se reflète sur un visage noirci d'un mineur. Sans jamais ressentir de fatigue, il chemine; la nuit est longue et tout autant mystérieuse. Le condamné, tel un Prophète, sillonne mystérieusement la planète d'un bout à l'autre. Et maintenant, dans une tente héritage des sociétés claniques, on le retrouve aux côtés de ses amis bretons. Le vin est dégusté, à la lumière de la lune; on danse des danses celtiques autour d'un feu. L'âme unificatrice et réunificatrice du feu, cette qualité qui lui est intrinsèque, se revigore. Les travailleurs se fatigant sont en train de penser à la journée de labeur du lendemain et, alors qu'ils se retirent dans leur coin, le prisonnier, lui, continue son voyage.
Nombreux sont les lieux où nous ne pouvons aller, nombreux sont les cœurs d'opprimés, de héros et de guerriers dont nous ne pouvons pas être les hôtes. Nous n'avons pu suivre l'écoulement que de quelques cours d'eau. Mais la vie ne se résume pas qu'à cette nuit; ce court voyage n'était que le premier de cette première nuit. Plus les nuits s'enfonceront dans l'obscurité, et plus les détenus, allumant dans leurs réflexions libres un flambeau, les éclaireront et ruisselleront vers l'éternité et la liberté. Dans ce périple, le temps, l'espace, l'obscurité, les barbelés, les frontières et tout ce qui emprisonne l'être perdent tout leur sens. Le bagnard crée sa liberté à travers ses pensées, et aucune puissance ne pourra jamais limiter l'esprit ou bien le menotter...
Mes amis bretons seront à jamais dans mon cœur. « AU NOM DE NOS MEILLEURS SOUVENIRS »
J'envoie mes remerciements et mes salutations les plus infinies (traduction littérale du turc, laissé comme tel, car le terme est assez fort) à tous ».
A. Kadir DILSIZ
Note du traducteur : comme tous les détenus en Turquie, Kadir fait passer son message en utilisant la forme poétique ; en tant que traducteur, j'ai essayé d'être le plus fidèle possible en espérant que la traduction française qui respecte le style d'un texte écrit en turc est néanmoins compréhensible
Pour soutenir le moral de Kadir : envoyer une carte postale à : Abdulkadir DİLSİZ 2 Nolu F Tipi Cezaevi Kırıklar Buca İZMİR Turquie
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